Les adolescents et jeunes du Bénin âgés de 10 à 24 ans représentent 33,6% de la population et 46,8% ont moins de 15 ans. Ils sont de plus en plus actifs sexuellement selon les récentes statistiques. Une situation qui n’est pas sans conséquence sur leur santé reproductive. Ils sont exposés par exemple aux infections sexuellement transmissibles, les mariages forcés et précoces, les grossesses non désirées, les avortements provoqués, les faibles taux de scolarisation. Un ensemble de risques qui doit amener les gouvernants à des actions audacieuses en promouvant les méthodes contraceptives en milieu scolaire.
✍️Alfred Mahougnon ADJOMAGBOSSOU
Ce n’est plus un secret de polichinelle qu’au Bénin, le sexe, en milieu scolaire, est devenu une pratique courante. Les jeunes prennent plus du plaisir dans la pratique sexuelle que la révision de leur cours pour plus de performances scolaires. Une chose qui laisse voir le Bénin d’un autre œil en terme de protection de la vie sexuelle des jeunes.
CAS DES SCANDALES SEXUELS
Depuis la rentrée scolaire 2019-2020 où le sextape des élèves du complexe scolaire Protestant a été exposé sur les réseaux sociaux, il ne se passe une année sans que le scénario ne se répète dans une autre Université ou école. Du complexe scolaire privé Clé de la Réussite toujours en 2020 à l’abus des enseignants au Collège d’enseignement général de Dova à Porto-Novo dans le département de l’Ouémé en passant par le récent cas au collège d’enseignement général Guèma de Parakou dans le Nord du Bénin en 2023, la situation semble dépasser le contrôle non seulement du système éducatif mais surtout et en premier, le cercle familial. « C’est dommage qu’aujourd’hui, les enfants s’intéressent plus au sexe qu’aux études. La fréquence des scandales sexuels montre à quel point le volet sexuel de l’éducation nationale a été non seulement banalisé par les gouvernants mais aussi et surtout par les parents » a fait savoir Dr Clarisse TAMA, Sociologue et Doyenne de la Faculté des Lettres Arts et Sciences Humaines (Flash) à l’Université de Parakou. Cette pratique incontrôlée du sexe chez les jeunes conduit à l’augmentation des grossesses précoces et non désirées en milieu scolaire.
LES GROSSESSES EN MILIEU SCOLAIRE ET L’INQUIÉTUDE DES ACTEURS
Si de nos jours, le sexe est devenu le seul loisir pour les jeunes élèves et étudiants, il n’est pas sans risque sur leur santé sexuelle et reproductive. « Ce qui est malheureux, c’est le fait que la plupart de ces jeunes sont ignorants en ce qui concerne les moyens contraceptifs. Du coup, ils s’exposent non seulement au grossesse non désirée mais également aux IST et bien d’autres maladie sexuellement transmissibles » se désole Madame Assana, Sage-femme à la clinique de l’antenne régionale Parakou de l’Agence Béninoise de la Planification Familiale (ABPF).
Pour Raoul Bio Yérima, Président de la Fédération des Associations des Parents d’Élèves du Borgou ‹‹ lorsqu’on prend les vacances, les enfants sont toujours abandonnés à eux-mêmes, ce qui fait qu’à la rentrée vers la fin du premier trimestre on constate les dégâts, surtout chez des filles. Elles deviennent du coup porteuses du grossesse » a-t-il dit. « Il y a dans un collège, le directeur a recensé dans son établissement du premier cycle et pour le premier trimestre, près de 26 cas de grossesses ›› a-t-il poursuivi. Mais la solution efficace, ce sera le recours aux méthodes contraceptives. «C’est un phénomène qui est très développé. On parle dans certains cas de 600 grossesses par an sur 3.000 élèves inscrits. Donc c’est un phénomène qui est dramatique auquel il faut trouver de solution. Et la meilleure solution en dehors du Conseil des parents, c’est de tout au moins rendre gratuits et accessibles aux scolaires, les moyens contraceptifs » appuie Bertin Danvidé, Chef bureau Parakou de l’Unicef.
L’INQUIÉTUDE DES JEUNES SUR LES MÉTHODES CONTRACEPTIVES
Si les méthodes contraceptives se présentent comme seule issue favorable pour sortir les jeunes de cette situation, elles ne sont pas sans conséquence à cause des effets secondaires. « J’ai des camarades qui ont fait recours à la contraception mais la fille peut faire ses menstrues pendant deux semaines. Ce n’est pas bien. C’est pourquoi je me limite aux préservatifs qui comme on le sait tous ne sont pas efficaces à 100% » explique Géraldine, élève en classe de 1ère au Ceg 1 Bohicon. Elle sera appuyée par Rosemonde, une élève de terminale dans le même établissement qui pense que la planification familiale est sans effet. « J’ai une camarade qui est décédée en pratiquant l’avortement. Elle a peur de la réaction des parents quand ils vont apprendre qu’elle est tombée enceinte. Du coup, elle a fait le planning familial. Mais malgré ça elle est tombée enceinte et c’est ainsi qu’elle est partie enlever et l’opération s’est mal passée et elle a rendu l’âme » témoigne-t-elle.
Mais aux différentes préoccupations des jeunes, la sage-femme a trouvé de réponse. «Tout ce que les gens disent sur les effets secondaires des méthodes contraceptives sont vérifiables. N’importe qui ne se lève pas pour faire le planning familial. Il faut des examens afin de connaître le corps de la fille et savoir quel type de méthode ira avec son organisme. Quand ces préalables ne sont pas respectés, il peut avoir des dommages après. De plus, je voudrais dire aux jeunes et à tous ceux et celles qui font recours à la contraception que ce n’est pas parce-que nous sommes sous un moyen contraceptif que nous ne devons pas prendre aussi des précautions. Il faut surtout être à l’écoute de notre corps » conseille Madame Assana.
L’ÉTAT PEUT FAIRE ENCORE MIEUX
Si au Bénin une loi a été voté pour légaliser le retour à l’avortement afin de préserver la vie et surtout freiner les avortements clandestins et qu’il est également permis aux jeunes filles de continuer leur cursus scolaire sans être renvoyées parce qu’elles sont enceintes, il y a également du travail à faire aussi bien chez l’État que chez les parents en ce qui concerne la sensibilisation des jeunes sur les méthodes contraceptives. La confédération des organisations syndicales indépendante du Bénin prend à cœur le problème de déscolarisation des filles liée aux grossesses précoces et mariages forcés à travers plusieurs plans accélérés de promotion des droits en santé sexuelles et reproductive des adolescents et jeunes en milieu scolaire. À ces actions, il faudra ajouter par exemple l’accès à un prix subventionné des élèves et étudiants aux méthodes contraceptives à longue durée d’exercice.

