Le temps est le meilleur juge des grands hommes.
Il est des décisions politiques qui, sur le moment, bousculent les habitudes, suscitent le scepticisme ou s’allient à une incompréhension passagère. Et puis, le temps fait son œuvre, révélant la clairvoyance et la pertinence du cap initialement fixé. La récente circulaire ministérielle promouvant le Made in Benin dans la commande publique vient aujourd’hui apporter un éclairage retentissant sur une démarche pionnière : celle adoptée, dès 2018, par le Maire Charles Toko, alors à la tête de la municipalité de Parakou.
Pour avoir eu le privilège d’occuper les fonctions de Chef Cellule Communication durant son mandat (2017-2021), j’ai été le témoin direct de cette politique audacieuse, menée avec une foi et une conviction inébranlables dans nos potentialités nationales. Comment oublier ce choix fort, presque novateur à l’époque, d’imposer exclusivement nos mets locaux lors de l’ensemble des réceptions et cérémonies officielles sous le leadership de la mairie ? Le toubani fumant, le wassa-wassa savoureux, les frites d’igname croustillantes, les beignets traditionnels ou encore la bouillie de sorgho nourrissante, le watché sans occulter les boissons et jus fabriqués localement s’invitaient fièrement à la table des décideurs et des diplomates qui foulaient la terre hospitalière de la cité des Kobourou. Mieux, les agents de la municipalité de Parakou étaient appelés à porter des tenues de « chez eux » pour venir au boulot les lundis et les vendredis soit deux jours dans la semaine. C’était un message que le Maire Charles Toko avait passé le lundi 19 Février 2018 après les cérémonies de couleurs. J’avoue que cette décision avait saigné un peu nos poches au point d’amener le syndicat des travailleurs à l’époque de demander une prime d’habillement à l’autorité. Je me souviens aussi de ce bel exemple qu’incarnait le Maire lui-même, il s’habillait en tenues locales à près de 99 pour cent.
Charles Toko avait simplement compris une vérité fondamentale : la promotion de notre patrimoine gastronomique ne devait pas se limiter à de beaux discours, mais s’incarner dans des actes concrets et quotidiens. Cette vision stratégique a révélé toute sa puissance lors des heures sombres de la pandémie de la COVID-19. Alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales s’effondraient avec l’épuisement de la bourse des populations, le Maire Toko s’est immédiatement tourné vers le génie et le savoir-faire des artisans de Parakou. En mobilisant les couturiers locaux pour la fabrication massive de masques textiles distribués à l’échelle communale, il a transformé une crise sanitaire en un levier d’action économique locale, injectant directement des ressources au cœur de nos ménages. C’était tout simplement inédit.
Boostez l’économie locale, valoriser le tissu productif de nos territoires, redonner de la dignité au travail de nos producteurs et artisans : voilà le cap tracé avec poigne et discernement par cet homme d’action. Plus de cinq ans avant les orientations nationales actuelles, le Sénateur et Maire honoraire montrait la voie à suivre.
Aujourd’hui, alors que le Bénin entier prend conscience de l’urgence souveraine de consommer ce que nous produisons et de produire ce que nous consommons, il est juste, décent et devoir de mémoire de rendre un hommage appuyé à ce précurseur.
Bravo et merci à vous, Monsieur le Sénateur Charles Toko. Merci d’avoir vu loin, d’avoir osé quand d’autres hésitaient, et d’avoir prouvé que le développement de nos cités passe avant tout par la confiance accordée à nos propres valeurs. Votre empreinte à Parakou demeure un modèle d’engagement et de vision prospective.
✍️ Franck E. AHOUNOU, (Journaliste, ancien Ccom / Mairie Parakou)


