À TRAVERS UN ATELIER DE RENFORCEMENT DE CAPACITÉS ET DE SENSIBILISATION À DASSA-ZOUMÉ : Élus, sociétés civiles, leaders religieux et têtes couronnées en croisade contre le travail domestique et de soins non rémunéré 

Alfred ADJOMAGBOSSOU
8 min de lecture

(La coalition AADEF-BÉNIN, Ong Cœur Solidaire et l’ACED gagnent le pari de l’organisation)

La commune de Dassa-Zoumé a été ce jeudi 24 septembre 2026, le centre d’une réflexion régionale sur l’économie du soin. Sur invitation de la coalition composée de l’ONG AADEF-BÉNIN, de l’ONG Cœur Solidaire du Togo et de l’ACED, avec le soutien du Consortium Régional pour la Recherche en Économie Générationnelle (CREG), du Centre de Recherche pour le Développement International (IDRC-CRDI) et de l’African Population And Health Research Center (APHRC), un atelier de renforcement de capacités et de plaidoyer sur le Travail Domestique et de Soins Non Rémunéré (TDSNR) et la vulgarisation de la Déclaration de Saly a été organisé. Pendant une journée entière, élus locaux, acteurs de la société civile, têtes couronnées et leaders religieux du Bénin ont échangé pour donner plus de visibilité à ce travail invisible qui pèse pourtant lourd dans l’économie des ménages.

La cérémonie d’ouverture a donné le ton de l’engagement local. Elle a été présidée par le Premier adjoint au Maire de Dassa-Zoumé, M. Pamphile KOSSOU, en présence de la Coordonnatrice du P3R-TDSNR Bénin-Togo, l’Honorable Mariama BABA MOUSSA épouse SOUMANOU, et du représentant de l’ONG Cœur Solidaire, M. Romain KATARO. Au menu des travaux, quatre communications fortes : la valorisation de l’économie du soin à travers le DDMI comme boussole d’une budgétisation sensible et équitable, le diagnostic Population et Développement par commune, le point des actions menées par AADEF-BÉNIN, et l’appropriation des enjeux de la Déclaration de Saly.

Pour la coordinatrice, cet atelier est l’aboutissement d’une stratégie mûrement réfléchie. « Cet atelier intitulé plaidoyer pour la reconnaissance, la réduction et la redistribution du travail domestique et de soins non rémunérés est piloté par trois ONG. Ce projet est greffé à un programme plus vaste : soutenir l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes pour l’équité intergénérationnelle au Bénin et au Togo », a expliqué l’Honorable Mariama BABA MOUSSA. Elle a précisé que la démarche a d’abord consisté à éclairer les décideurs : « Nous avons commencé par cibler le Parlement et les cadres des ministères sectoriels – Famille, Économie, Justice, Affaires Étrangères – parce que ce sont eux qui rédigent les projets de loi et qui les votent. Nous avons aussi travaillé avec le Conseil Économique et Social et l’Institut National de la Femme ».

Après les institutions, place à la base communautaire. « Une fois ce travail fait, nous sommes allés vers la société civile avec l’Association des Femmes Juristes, femmes Avocates, Refonga, ReFELA, UFEC-2ABCD et bien d’autres. Aujourd’hui, il est question d’aller jusqu’à la base », a poursuivi la coordinatrice. Pour elle, la présence à Dassa des reines traditionnelles, des présidentes de marchés, des femmes agricultrices, des dignitaires Vodoun et de l’Association des Femmes Musulmanes du Bénin est stratégique : « Ce sont ces cibles qui peuvent porter la lutte que nous menons vers les populations ».

Au cœur de la lutte, les 3R : Reconnaître, Réduire, Redistribuer. L’Honorable Mariama BABA MOUSSA a rappelé les chiffres qui font froid dans le dos : « Ce travail invisible représente 27% de notre Produit Intérieur Brut éludé, dont 19% concerne les femmes et 8% les hommes. Le TDSNR ne concerne pas que les femmes, mais ça pèse plus sur elles ». Elle définit la reconnaissance comme le fait d’« institutionnaliser, formaliser, valoriser ce travail en l’insérant dans les politiques publiques et les budgets sensibles au genre ». La réduction, elle, vise à alléger la pénibilité : « Si cette femme sur l’affiche avait un foyer amélioré, elle ne serait pas debout pendant des heures. Si son quartier disposait d’une garderie aux normes, elle serait libre ». Elle conclut que la redistribution exige l’implication de trois acteurs : l’État, le privé et les ménages eux-mêmes.

Les participants, visiblement convaincus, ont pris des engagements forts à l’issue des échanges. Trois voix se sont particulièrement distinguées. Pour Sa Majesté NATABOU, Reine de Toviklin et Présidente des Femmes Leaders Religieux et Traditionnels engagées pour l’Autonomisation des Femmes et des Filles du Bénin, la prise de conscience est totale : « Nous avons avant une autre interprétation de la thématique. Aujourd’hui, cet atelier nous a permis de mieux comprendre le sujet. Reconnaître ce que fait les femmes dans les ménages peut contribuer aussi à la réduction des violences basées sur le genre car l’homme qui reconnaît ce que représente sa femme dans le ménage ne portera pas la main sur elle. Et de retour dans nos structures, nous allons partager nos acquis et nous serions désormais ambassadrices de cette cause ».

De son côté, Angélique Titilola ADEGNIKA, Maire de Kétou, plaide pour des mesures concrètes : « Il n’est pas question ici de payer les travaux et soins domestiques mais il faut déjà qu’on les reconnaisse et qu’on les valorise. Les hommes qui travaillent ont une assurance maladie car l’État les reconnaît comme fonctionnaire. Aux femmes il faut pourquoi pas, avoir une carte de prise en charge quand elles ont des soucis de santé sans forcément attendre les maris ». Enfin, Mountarou SASSIMOU, Directeur Exécutif de l’ONG Equi-Fille, confirme l’ancrage de la thématique dans sa mission : « La promotion des femmes et filles est une mission prioritaire pour nous. Notre présence ici renforce encore notre position et nous allons poursuivre la sensibilisation non seulement à la base mais surtout dans les actions pour plus d’impact ».

Au nom de la directrice départementale de la famille et de l’action sociale des Collines, Bienvenu SOHOUWDE a mis fin à l’atelier. Il a surtout exhorté les hommes à se faire ambassadeur de cette cause dans leur foyer. « La vulgarisation de la déclaration de Saly sur les TDNR ne peut être seulement le travail des femmes. Les hommes doivent s’approprier cette mission dans leur foyer. Chers participants, cette mission est désormais pour tous et j’invite les hommes a joué un rôle important depuis leur ménage » a-t-il déclaré avant de clôturer la séance.

Au terme de l’atelier, une vingtaine de recommandations ont été formulées. Les participants proposent notamment l’organisation d’émissions radios communautaires sur la thématique, la valorisation des TDSNR, l’identification et la distinction des femmes modèles le 8 mars, la poursuite du plaidoyer dans toutes les institutions, une éducation équitable par la redistribution des tâches entre filles et garçons, la prise en charge gratuite des soins pour les femmes ménagères, la sensibilisation de toutes les couches socio-communautaires, la dotation des administrations publiques en garderies, la limitation du temps de travail pour les femmes fonctionnaires et, si possible, la prévision d’une allocation pour les femmes ménagères.

✍️ Alfred ADJOMAGBOSSOU

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