BÉNIN : Le travail de sexe, une activité en pleine ascension

Alfred ADJOMAGBOSSOU
5 min de lecture

(À Parakou, les maisons closes poussent comme des champignons)

De Cotonou à Malanville passant par Calavi, Porto-Novo, Ouidah, Bohicon, Dassa-Zoumé, Djougou et Natitingou, le secteur de travail du sexe est en vogue. À Parakou, de quartier Gah au début pour ceux qui connaissent la ville et le secteur de la prostitution, la cité d’Inoussa Zimé Chabi connait un nombre important de maisons closes aujourd’hui. Nigérianes et Togolaises au début, le secteur du travail du sexe s’étend progressivement sur toutes la ville mais aussi aux béninoises.

Désormais à Parakou, Banikanni Bah-Mora, Guèma, Nima, Ladjifarani et Tranza s’ajoutent au quartier Gah où tout a commencé et ces maisons sont désormais animées pour la plupart par des étrangères mais par des béninoises. Parmi les Béninoises se trouvent en nombre suffisant, les étudiantes. En journée, elles sont dans les amphithéâtres et en soirée au service afin de se faire de l’argent pour subvenir à leurs besoins puisqu’elles sont loin des parents et ne pouvaient pas toujours tendre la main aux hommes. « Vous savez, le travail du sexe est un secteur où il n’y a pas de chômage. Il y a toujours des centaines de personnes à la quête de satisfaction. Nous sommes encore propres que vos copines car ici, tu te fais consulter régulièrement et il n’y a ni caresse ni rapport sans préservatif. Toute chose qui nous éloigne des maladies sexuellement transmissibles et les grossesses indésirables » affirme une Nigeriane dans ce secteur à Cotonou depuis 2015. Proprios d’ailleurs soutenus par deux autres rencontrées à Parakou, une au quartier Gah et l’autre à Ladjifarani.

L’intérêt des béninoises pour ce secteur se justifierait par le manque d’emploi et le chômage. « J’ai fini les trois premières années à l’université de Parakou et pour les parents c’est suffisant pour que je sois à ma charge. En ville, aucun homme aujourd’hui ne veut rien faire à une femme sans le sexe et parfois même c’est sans aucune précaution et tu peux finir avec infection ou grossesse et il va te fuir ou te demander d’avorter. Si tu n’as pas la chance et que l’opération est mal faite, tu perdras la vie ou l’usage de son utérus pour la procréation. Mais actuellement en journée j’ai de fidèles clients et c’est autour de 5000fcfa et il va prendre ma journée en charge. Le soir je peux trouver quatre à cinq hommes et chacun paie 2.000fcfa pour un coup. Par jour, je peux tourner autour de 15.000fcfa voir 20.000fcfa. Un mois, j’ai de quoi prendre soin de moi et payer même mon inscription en master parce que de nos jours, tout ce qui est recrutement, l’État et ses partenaires ont mis la barre très haute. On demande toujours Bac+5 et des années d’expérience dans le domaine. Et c’est tout cela qui fait que de nos jours, il y un nombre important de diplômés sans emploi et cela augmente le taux de banditisme et la convergence de plusieurs jeunes vers la cybercriminalité » a dénoncé une étudiante convertis en travailleuse du sexe.

Au vue de ces différentes déclarations, il est clair que Parakou devient à l’instar de Cotonou, une plaque tournante du travail de sexe de part son statut de ville universitaire et son ouverture aux pays limitrophes tels que le Niger, Burkina Faso, Nigeria et le Togo. La prolifération du secteur du travail de sexe est aussi en part provoquée par le chômage et l’orientation stratégique donnée au système éducatif béninois qui forme en général pour la rue et non à l’emploi. Et il faudra revoir la chose et mettre à côté de la volonté d’orientation des diplômés vers la formation technique et Professionnelle, un accompagnement aussi bien technique que financier afin d’éviter que «Chaque enfant qu’on enseigne ne soit pas un cas social qui perturbera la tranquillité des citoyens».

 

✍️ Fossi ATAKPAMEY

Vues totales: 1
Partager cet article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *