CONCOURS « NOS DROITS, NOTRE VIE » DE L’ASSOCIATION LES BLOGUEURS DU BÉNIN : La journaliste Dorcas Hornelia Oricha remporte le 1er prix

Alfred ADJOMAGBOSSOU
12 min de lecture

(Voici la production qui l’a fait triompher)

Le jeudi 22 juin 2023 dans la commune de Tori-Bossito, l’Association les Blogueurs du Bénin (AB-Bénin) a récompensé plusieurs jeunes béninois engagées dans le renforcement des droits sexuels et Reproductifs lauréates du concours « Nos Droits, Notre Vie ». Parmi ces personnes se trouve Mademoiselle Dorcas Hornelia Eyitayo ORICHA. Originaire de la commune de Dassa-Zoumé, la jeune titulaire d’une licence professionnelle en lettre moderne et journalistes cheffe Desk Santé à la télévision numérique Ducoin TV de Parakou, a participé audit concours avec sa production intitulée « RENFORCER LES DROITS SEXUELS ET REPRODUCTIFS LIÉS AUX MENSTRUATIONS EN MILIEU SCOLAIRE » qui lui a d’ailleurs consacré le premier prix composé d’un ordinateur, un casque et un t-shirt.

La ménarche, la première période de menstruation, est un moment essentiel dans la vie d’une fille, marquant la transition de l’enfance à l’adolescence. En Afrique, de nombreuses filles vivent ce moment dans l’ignorance ou avec peu d’informations fiables sur la gestion des menstruations. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), 66% des jeunes filles ne disposent pas des bonnes informations sur la gestion des règles, ce qui a des conséquences néfastes sur leur bien-être et leur scolarité. Le manque d’infrastructures sanitaires appropriées, qui permettraient aux filles d’avoir accès à des toilettes et à des serviettes hygiéniques, est également une raison pour laquelle elles sont souvent absentes des cours. Il est important que les autorités prennent des mesures pour remédier à cette situation.

LES MENSTRUATIONS NE DOIVENT EN AUCUN CAS ÊTRE CONSIDÉRÉES COMME UNE CAUSE DE DÉSCOLARISATION DES JEUNES FILLES.

Lorsqu’on y porte attention, la question des menstruations chez les filles et les femmes mérite une attention particulière en raison des perturbations qu’elle entraîne. C’est pourquoi il est primordial d’aborder les menstruations avec une approche fondée sur les droits sexuels et reproductifs, en fournissant des informations adaptées et fiables ainsi qu’une éducation appropriée. Une étude non exhaustive menée dans le sud du Bénin en 2017 par la Fondation Claudine Talon révèle que plus de 15% des écolières manquent les cours pendant leurs règles. Parmi elles, 69% attribuent ces absences aux douleurs menstruelles et à d’autres raisons sociales. Un micro-trottoir réalisé dans quelques écoles primaires publiques de Cotonou et de Parakou montre que si les menstruations sont considérées comme un processus biologique dans de nombreux pays, elles restent un tabou dans notre société. En l’absence d’informations, de protection, d’hygiène et d’assainissement, le bien-être et la santé des filles et des femmes sont souvent compromis.

LES FILLES VIVENT UN STRESS ET UN CALVAIRE LORS DE LEURS RÈGLES

Il est important de parler des menstruations assez tôt aux filles. De nos jours, elles peuvent avoir leurs premières règles dès l’âge de huit ans, tandis que d’autres peuvent les avoir plus tard, vers l’âge de 15 ans. Si les filles sont mieux préparées, elles vivront cette expérience de manière plus positive. Malheureusement, ce n’est souvent pas le cas. En Afrique et au Bénin, parler des règles demeure un sujet tabou, ce qui entraîne souvent des conséquences pour les filles. Anita témoigne de son expérience et fustige les moqueries dont elles sont souvent victimes. « Les filles sont souvent victimes de moqueries de la part de leurs camarades garçons, qui chantent partout que nous urinons du sang et que c’est une maladie contagieuse. »

Parfois, les filles sont exclues de la classe pour indiscipline, car elles ne peuvent pas expliquer à leur enseignant qu’elles ont leurs règles et n’exécutent pas spontanément les sollicitations de l’enseignant. Le témoignage d’une fille d’un collège à Parakou témoigne de cette réalité. « J’étais en classe lorsque j’ai été surprise par l’arrivée de mes règles. Le professeur m’a demandé d’expliquer quelque chose à mes camarades. Je lui ai dit que je ne pouvais pas me lever. Il m’a alors expulsée de la classe pour manque de respect, et je suis rentrée chez moi. Ensuite, il a demandé aux autres élèves de prendre une feuille pour un contrôle. » Voici quelques-unes des difficultés auxquelles les filles sont confrontées dans nos écoles et collèges lorsqu’elles ont leurs règles.

LE MANQUE D’INFRASTRUCTURES SANITAIRES ADÉQUATES EST UN AUTRE PROBLÈME PRÉOCCUPANT

Aujourd’hui, certaines filles dès la deuxième année du cours moyen commencent à avoir leurs règles. Cependant, elles ont du mal à se changer et à retourner en classe car les toilettes construites dans les écoles ne sont pas adaptées. « Les toilettes de l’école ne me permettent pas de me nettoyer correctement », confirme une élève de deuxième année du cours moyen. Cette situation pousse les filles à rester à la maison pendant au moins 4 jours, soit une semaine chaque mois pendant l’année scolaire. Les conséquences sont une mauvaise performance scolaire à la fin de l’année et une interruption de la scolarité affirment plusieurs femmes directrices d’écoles primaires. Le consortium d’organisations de la société civile travaillant sur cette question appelle à davantage d’actions et d’engagements. Ziadath Achimi, présidente de l’association ECEau-Fem, qui milite pour la promotion du genre, la protection de l’environnement, l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement, plaide en faveur d’actions à l’endroit des filles et des femmes. « Il est nécessaire de construire des toilettes appropriées dans les écoles et les collèges afin de permettre aux filles de se nettoyer et de mettre leurs serviettes hygiéniques, puis de retourner en classe. Il est temps d’agir pour ne laisser personne de côté. Ensemble, assurons l’accès à l’eau et aux infrastructures sanitaires pour toutes les filles et femmes, en leur permettant de réaliser leur plein potentiel ».

LES BESOINS DES FILLES ET DES FEMMES LIÉS AUX MENSTRUATIONS : UN DROIT SEXUEL ET REPRODUCTIF

L’État béninois, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations de la société civile en sont conscients et s’efforcent d’y remédier, mais l’objectif n’est pas encore atteint. Fébronie Codja, présidente de l’ONG MAFUBO BÉNIN, renchérit en affirmant : « Il est donc essentiel que les décideurs prennent en compte les besoins spécifiques des filles et des femmes liés aux menstruations. Nos cycles doivent être intégrés dans les politiques de développement ». Environ 70% des jeunes filles sont surprises par l’arrivée de leurs premières règles. Leur environnement social n’a jamais été attentif ni favorable à cet égard. La santé et l’hygiène menstruelles sont des questions de droits, de dignité et de sécurité, ajoute Cécile Yougbaré, responsable plaidoyer pour la santé et les droits sexuels et reproductifs en Afrique. « Si nous nous trouvons dans un environnement scolaire ou étudiant, il est essentiel que l’enfant dispose non seulement des informations nécessaires, mais aussi des services appropriés. Ainsi, les informations nécessaires consistent à être suffisamment prévenu et convaincu que l’arrivée des menstruations est quelque chose de normal. Il est important d’avoir la capacité de choisir le matériel approprié et, lorsqu’on est à l’école, de disposer d’un environnement adéquat pour changer ses serviettes hygiéniques de manière discrète, à l’abri du regard des autres. En cas d’accident, il est essentiel de pouvoir se nettoyer correctement, et lorsqu’on ressent des douleurs abdominales à l’école, il est important d’avoir accès à un système médical ou à des enseignants formés pour accompagner les adolescentes. »

DES EXEMPLES INSPIRANTS

LES FILLES SUIVENT UNE SÉANCE D’INFORMATION SUR L’HYGIÈNE MENSTRUELLE

Dans certains collèges et écoles primaires au Bénin, certaines associations de jeunes qui promeuvent les droits en matière de santé sexuelle et reproductive, ainsi que des individus engagés, donnent l’exemple. Ils sensibilisent les adolescents et les jeunes à la gestion de l’hygiène menstruelle. C’est le cas d’une directrice d’école primaire publique dans la commune de N’Dali. Cette éducatrice souhaite lutter contre le décrochage scolaire des filles dans le village. Une fois par semaine, l’enseignante réunit toutes les filles des classes de première et deuxième année du cours moyen pour une séance de discussion. Le sujet abordé porte sur la gestion de l’hygiène menstruelle. L’éducatrice informe régulièrement les filles sur les aspects essentiels du cycle menstruel. Elle aborde également le calcul du cycle menstruel et l’entretien des serviettes hygiéniques avec les élèves. Son objectif est de réduire le nombre de filles qui s’absentent de l’école en raison de leurs règles. Elle vise à ce que les filles puissent être présentes à l’école cinq jours par semaine. La directrice sollicite également les mères des filles à certains moments. L’objectif est de leur expliquer qu’il est important d’aider leurs enfants à gérer sereinement cette étape importante de leur vie.

Mieux informer les filles sur les sujets liés aux menstruations et leur fournir un environnement adéquat pour gérer cette étape importante de leur vie, notamment dans les écoles, les collèges et les universités, contribue à atteindre l’objectif de développement 3. En d’autres termes, cela permet à tous de vivre en bonne santé et de promouvoir le bien-être à tous les âges. Cela garantit également aux filles et aux femmes un accès durable à des services d’alimentation en eau et d’assainissement. De plus, cela contribue à réduire les inégalités entre les sexes et à lutter contre le décrochage scolaire des filles.

Originaire de Dassa-Zoumè, Hornelia Dorcas Eyitayo ORICHA est activiste engagée dans le développement de sa communauté. Elle est titulaire d’une licence en lettres modernes obtenue à la Faculté des Lettres Arts et Sciences Humaines de l’Université de Parakou. Très dévouée et passionnée par le métier de la communication, elle a été formée à la radio de l’universitaire de Parakou et est actuellement cheffe Desk santé de la télévision web DUCOIN TV. Elle est membre de l’Association des Guides du Bénin (Scoutisme Féminin) où elle fait preuve d’un grand attachement à l’engagement citoyen. Elle pense qu’il n’y a pas d’âge pour faire entendre sa voix sur les droits en santé sexuelle et reproductive.

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