L’élection d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale mardi dernier, a immédiatement posé la question de la capacité du président Bassirou Diomaye Faye à gouverner. L’arrivée de son rival politique au perchoir installe une configuration inédite au Sénégal. Un chef de l’État sans majorité parlementaire acquise, face à un président de l’Assemblée qui contrôle l’agenda législatif ? La suspense s’installe.
Sonko a voulu rassurer en promettant de ne pas <<créer une crise institutionnelle>> Mais il a aussitôt prévenu que <<l’Assemblée ne serait pas une chambre d’enregistrement>>. Le message est clair, le contrôle des lois, des budgets et des commissions parlementaires servira de contre-pouvoir actif au pouvoir exécutif. Pour Mamadou Lamine Sarr, enseignant en sciences politiques à l’université numérique Cheikh Hamidou Kane de Dakar, la situation ouvre deux scénarios. Le premier est celui d’une cohabitation tendue mais fonctionnelle, où le président devra négocier texte par texte avec une majorité hostile pour faire adopter ses réformes. Le second scénario, plus radical, est celui d’une impasse institutionnelle. Si le blocage persiste, le président Diomaye Faye pourrait être tenté d’utiliser son pouvoir de dissolution pour provoquer des élections législatives anticipées et tenter de retrouver une majorité à l’Assemblée. Là, le choix dépendra de la lecture que fera l’exécutif du rapport de force. Une dissolution immédiate comporte un risque politique. Elle peut être perçue comme une fuite en avant si le scrutin reconduit une Assemblée tout aussi hostile. À l’inverse, attendre revient à gouverner par ordonnances et décrets dans les marges permises par la Constitution, au prix d’une lenteur législative et d’une exposition médiatique accrue.
L’équilibre des institutions sénégalaises va donc se jouer dans les prochains mois sur la capacité des deux hommes à transformer leur rivalité en cadre de négociation, ou à l’inverse à l’ériger en ligne de fracture. L’Assemblée ne votera plus en automatique, et c’est cette nouvelle donné qui définit désormais les limites du pouvoir présidentiel.
✍️ Amos Doctoro GBOYOU


