SHOWBIZ BÉNINOIS : Le « Soyoyo » toujours orphelin sans Édy Lôbô et Robinson Sipa

Alfred ADJOMAGBOSSOU
7 min de lecture

C’était en pleine jouissance du succès de la conférence nationale des forces vives de la nation de février 1990 que la population s’est vue agrémenter d’un genre musical. Le concept s’intitule « Soyoyo » , un rythme émanant d’un ancien style d’accoutrement vestimentaire moderne, fait de chemise à manche longue cintrée sur du pantalon à bas évasé en oreille d’éléphant. Cette révolution phono-discographique du showbiz béninois est l’œuvre d’un groupe musical appelé « La Panthère Noire » avec ses deux leaders et leads vocaux, les frères siamois Édy Lôbô et Robinson Sipa de la dynastie AZANMADOHOUÉNOU QUENUM. L’appellation panthère noire donnée au groupe n’est que le sobriquet de leur géniteur George Quenum qui, lui aussi, est un grand artiste, une vedette nationale en acrobatie et contorsion du corps et danses contemporaines avec assez de représentations â l’internationale à travers le ballet national avec des médailles remportés aux Jeux mondiaux de Munich en 1968 sous la conduite du grand metteur en scène monsieur CAMPBEL. Aidés par des aînés comme Magloire Ahéhéhinnou, Richard, André et Alfred De Berry Quenum, le mouvement Soyoyo prenait corps après des retouches et arrangements minutieux en studio. Cette musique, voire danse est caractérisée au départ par une partition de citation rapide et rythmé de faits sociaux et quotidiens dénoncés et éprouvés dans nos réalités. Ce qu’on peut encore appeler des onomatopées tel en hip-hop et rap. Leur tout 1er single puis album sort en 1994 et comme titre éponyme s’intitule « Vodoun Ahôntin » qui signifie en fon « divinité à nez » qui dénonçait les dérives socio-communautaires, dépravation des mœurs, le zèle des flics et leur rôle sans oublier les difficultés de nos parents pour le train-train quotidien, bref de la grogne musicale.

Ils ont connus de grands succès sous une vente en underground très élevé. Ceci inspira un grand du pays en la matière, Roger Stanislas TOHON, le roi du Tchink Système qui, ayant vu le talent en eux a décidé de les accompagner en les associant à une tournée nationale déclenchée depuis le septentrion. C’était au retour de ce périple musical que Édy Lôbô le lead vocal et guitariste bassiste du groupe succomba, suite à un court malaise de quelques jours en Mars 1997. Puisqu’on ne meurt jamais pour rien en Afrique sans polémique, on désignait ainsi leur bienfaiteur et aîné musicien Stan Tohon comme celui qui aurait tué ce jeune parce que jaloux et aigri de leur réussite. Mais le départ de ce dernier venait donner une propulsion phénoménale en effet boom-round à son second jumeau Sipa.

Ainsi après 12 mois de préparation et de travail d’arrache-pied, Sipa sortit un nouvel album dont le titre en dit long. « Nouvelle Génération Ambiance Atomique » avec la trouvaille d’un successeur circonstanciel à titre posthume et en costume de son défunt frérot Édy Lôbô du nom de Édy Bass, un Camerounais pionnier de la guitare bass, sans occulter leur 3e laron et frère d’arme Kromibo, un grand compagnon d’infortune depuis des lustres mais qui, hélas ne vit plus de nos jours. Cette sortie discographique a drastiquement monté leur quota d’audience mélomane avec des titres comme hommage à Édy, Sandro, Jeanna, Zénabou, ébiyi logozo, on m’appelle Sipa et le morceau fétiche Baba loky etc, ce dernier qui l’a couronné 2e meilleur artiste moderne derrière l’homme orchestre Danialou Sagbohan lors de la 1ère édition de la Coupe Nationale du Vainqueur des Artistes du Bénin {CONAVAB) sur la radio nationale en 1997. S’en est suivis deux autres grands albums dont celui de 1999 ”ÉVOLUTION » encore plus percutant, bien cuisiné en Europe sous l’assistance de Caën Madoka, Dally Kimoko, Cyril Donzéfie, Stéphanie de Monaco et Dénise la petite française avec des titres comme : Un Beau Jour, Sibina, Sourou, Gbamè, Quiquimoko et Il est l’heure. En 2001, il récidive avec un 3e album post décès édy dénommé Soyoyo Agbando qui est aussi le 1er titre avec d’autres comme : Solè, mèwèblo, ango, asto et ayihoùn.

Et depuis ses succès époustouflants, c’est la déchéance totale pour Robinson Sipa et le groupe La panthère noire. Plus rien ne bouge et c’est silence radio autour de leur plateau musical. Robinson Sipa Azanmadohouénou Quenum malade en pleine dépression expressive avec une amnésie n’arrive plus à dérouler ses propres chansons et a perdu tout le contrôle. Avec l’effort des bonnes volontés et mélomanes en l’occurrence l’ancien ministre des sports Galiou Daouda SOGLO qui l’a pris en charge, Sipa n’a pu encourager l’entourage à se remettre et sortir de cet abîme de déchéance. Au finish c’était la chronique annoncée de la disparition du mouvement Soyoyo qui était enclenché malgré ces jeunots d’artistes disciples qui s’y sont essayés. Plus rien de potables et de consommables comparable à la Panthère noire de Sipa n’a pu sortir et exister dans le temps parce que sans grande relève digne du nom en talents inés pouvant occuper l’espace et sauver la face du mouvement. Hélas, c’est un fléau qui sévit au Bénin et ailleurs et qui décime et désintègre les creusets artistiques et culturels. Les exemples sont à foison comme les groupes (Afafa, Apouké, Sakpata Boys, GB Original, Sofora, H2O Azouka, Possey Ardiess, Lions Musica, CDF, Agbako Musica, Coumba Toch Créator -B Mao Mao, Esprit Nègre, All Baxx, Fifa, Djama Stars, les Frères de Sang et consorts etc. Ainsi, nous rendons un vibrant hommage à un ancêtre de groupe mythique et légendaire Le POLY RYTHMO qui malgré tous les aléas de difficultés en discontinuités de fonctionnement demeure encore en vie.

Un beau Jour viendra et Robinson Sipa retrouvera sa guitare au Soyoyo ou c’est le Soyoyo qui ira à la recherche de son géniteur au nom de son frère défunt Édy Lôbô qui ne cessera de se retourner dans l’outre-tombe.

✍️ Morvely Eric AGBAHOUNGBA

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