La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) célèbre cette année ses cinquante ans d’existence. Fondée le 28 mai 1975 à Lagos, au Nigeria, cette organisation régionale avait pour ambition première de renforcer l’intégration économique entre les pays ouest-africains. C’est à Accra, au Ghana, que débutent les célébrations qui marquent cet anniversaire. Pourtant, ce moment de commémoration intervient dans un climat d’incertitude, de fragilité institutionnelle et de remises en question profondes. Trois de ses membres fondateurs le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont annoncé leur retrait pour créer l’Alliance des États du Sahel (AES), une rupture inédite dans l’histoire de l’organisation qui l’oblige à s’interroger sur son avenir.
Malgré ses difficultés actuelles, la Cédéao a connu des périodes de dynamisme et d’innovation. Elle a su élargir son champ d’action au fil des décennies, notamment en matière de paix et de sécurité. En 1990, face à la guerre civile au Libéria, elle crée l’Ecomog, une force militaire d’intervention sous-régionale. Cette capacité d’adaptation s’est renforcée avec l’adoption de protocoles clés, comme celui de 1999 sur les mécanismes de prévention et de gestion des conflits, suivi en 2001 par un texte sur la démocratie et la bonne gouvernance. Ces initiatives ont permis de donner à l’organisation un rôle politique plus affirmé dans la gestion des crises régionales.
Cependant, l’ampleur des défis sécuritaires récents a mis en lumière les limites de l’institution. L’émergence de l’extrémisme violent, la prolifération des groupes armés et la montée en puissance d’autres structures régionales comme le G5 Sahel ou l’Initiative d’Accra ont marginalisé la Cédéao. Selon la chercheuse Amandine Gnanguénon, l’organisation s’est laissée déborder, et peine à conjuguer prévention, intervention et coordination efficace. De plus, elle a perdu la maîtrise de son propre agenda, en partie à cause d’un déficit de communication et d’un éloignement progressif des préoccupations des populations.
Sur le plan économique, les résultats sont également en demi-teinte. La libre circulation des personnes et des biens constitue l’un des rares succès tangibles, avec notamment la carte d’identité Cédéao qui permet aux ressortissants de la région de voyager et de travailler sans permis de séjour dans les pays membres. La mise en place d’une taxe communautaire a aussi permis une certaine harmonisation douanière. Mais les grandes ambitions de marché commun, de monnaie unique ou de complémentarité économique restent encore largement inachevées. Les infrastructures de transport, en dehors du corridor Abidjan-Lagos, sont peu développées, et le commerce intrarégional reste faible, représentant moins de 15 % des échanges.
À l’heure de son cinquantenaire, la Cédéao se retrouve à un tournant de son histoire. Si elle veut continuer à jouer un rôle stratégique en Afrique de l’Ouest, elle doit opérer des réformes en profondeur. Cela passe par un retour à ses valeurs fondatrices d’intégration, une plus grande proximité avec les citoyens et une implication renforcée des chefs d’État, seuls véritables détenteurs du pouvoir de transformation. Sans cela, l’organisation risque de voir son influence s’éroder au profit d’alliances plus réactives et plus ancrées dans les réalités actuelles de la région.
✍️ Borel AWANOU


