Le 24 mai 2026, quelques heures après son investiture au Palais des Congrès de Cotonou, le président Romuald Wadagni a rendu public son premier gouvernement. Au-delà des réorganisations économiques et sécuritaires, un chiffre retient l’attention : le nombre de femmes passe de 3 à 6 par rapport au premier gouvernement de Patrice Talon en 2016. Une progression qui double presque la part féminine de l’exécutif et pose les premiers marqueurs du mandat Wadagni sur la question du genre.
2016 : 3 FEMMES SUR 21 MINISTRES POUR LANCER LA « RUPTURE »
Le 7 avril 2016, Patrice Talon entre en fonction et forme une équipe de 21 ministres avec pour mot d’ordre la réduction du train de vie de l’État. L’équipe est resserrée, jeune, et largement masculine.
Seules 3 femmes y figurent :
– Rafiatou Monrou, ministre de la Communication et des TIC
– Marie-Odile Attanasso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique
– Adidjatou Mathys, ministre du Travail, de la Fonction publique et des Affaires sociales
Soit 14,3% de femmes. À l’époque, c’était la plus forte représentation féminine au démarrage d’un mandat depuis l’alternance de 2006, mais loin encore de la parité. Les portefeuilles confiés restaient concentrés sur la communication, l’éducation supérieure et les affaires sociales.
2026 : 6 FEMMES SUR 25 POUR WADAGNI
Dix ans plus tard, Romuald Wadagni signe le décret n°2026-314 portant composition de son premier gouvernement. L’équipe compte 22 ministres et 3 ministres délégués, soit 25 membres. Parmi eux, 6 femmes.
La part féminine atteint donc 24%.
Voici les 6 femmes nommées :
1. Corinne Amori Brunet, ministre des Affaires étrangères
2. Sèdami Mèdégan Fagla, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique
3. Véronique Tognifodé, ministre de la Famille et de l’Action sociale
4. Shadia Alimatou Assouma, ministre du Commerce intérieur
5. Aurélie Adam-Soulé Zoumarou, ministre de la Communication, en charge des Médias
6. Hawaou Bako, ministre des PME et de la Promotion de l’Emploi
CE QUE RÉVÈLE LA COMPARAISON
1- UNE PROGRESSION NETTE
On passe de 3 à 6 femmes, et de 14,3% à 24% de représentation féminine. Ce n’est pas encore la parité, mais c’est la plus forte proportion de femmes au lancement d’un mandat présidentiel au Bénin depuis 2016.
2- UNE CONTINUITÉ ASSUMÉE
Quatre femmes du gouvernement Wadagni étaient déjà ministres sous Talon II : Véronique Tognifodé, Shadia Alimatou Assouma, Aurélie Adam-Soulé Zoumarou et Sèdami Fagla Médégan, ministre conseiller. Wadagni capitalise sur l’expérience acquise tout en intégrant 2 nouveaux profils féminins.
3- UNE DIVERSIFICATION DES PORTEFEUILLES
Sous Talon I, les femmes étaient cantonnées à la communication, l’enseignement supérieur et les affaires sociales. Sous Wadagni I, elles accèdent à des ministères régaliens et économiques : Affaires étrangères avec Corinne Amori Brunet, Commerce intérieur, PME/Emploi. Le signal est clair : les femmes sont positionnées sur des leviers stratégiques de politique extérieure et de développement économique.
LECTURE POLITIQUE
Cette montée en puissance s’inscrit dans la continuité du discours de campagne de Wadagni, qui avait fait de l’autonomisation économique des femmes l’un des axes de son programme. Nommer 6 femmes dès le départ, dont une aux Affaires étrangères, permet d’afficher une rupture symbolique avec le démarrage du mandat Talon I.
Reste que 24% reste en dessous de l’objectif de parité fixé par la loi de 2019 sur le Code électoral et des engagements internationaux du Bénin. La prochaine étape sera donc d’observer si cette proportion évolue lors des prochains remaniements, et surtout si elle se traduit par des politiques publiques concrètes sur l’accès des femmes au financement, à la terre et aux postes de décision. Le premier gouvernement Wadagni ne réinvente pas la donne, mais il l’accélère. En doublant le nombre de femmes à l’exécutif, le nouveau président envoie un message à la fois politique et diplomatique : les femmes ne seront plus marginales dans la gouvernance béninoise. Reste à transformer cette présence en influence réelle sur les cinq prochaines années.
✍️ A. M. A.


