BÉNIN : Traqué pour ses opinions, Issifou Kabirou, jeune leader de l’opposition, contraint à l’exil

Alfred ADJOMAGBOSSOU
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De Bassila à l’exil forcé, le parcours d’un militant politique devenu cible du régime de Patrice Talon, ISSIFOU Kabirou, né le 15 octobre 1993 à Bassila, au nord-ouest du Bénin, est un jeune leader politique et militant engagé du parti Les Démocrates (LD), principal parti d’opposition au régime du président Patrice Talon. Son histoire illustre, selon lui, la répression systématique des voix dissidentes depuis l’arrivée au pouvoir du chef de l’État en 2016.

Dès les élections législatives de 2019, marquées par l’exclusion totale de l’opposition, Kabirou Issifou et le mouvement de jeunes qu’il dirige organisent plusieurs marches de protestation pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « confiscation de la démocratie ». Ces manifestations sont régulièrement dispersées par les forces de l’ordre à coups de gaz lacrymogène, renforçant le climat de tension politique dans le pays.

La situation s’aggrave en 2021 avec l’arrestation de Madame Réckiath Madougou, candidate désignée du parti Les Démocrates à l’élection présidentielle. Ancienne ministre de la Justice et figure majeure de l’opposition, elle est arrêtée le 3 mars 2021 à Porto-Novo, à son retour d’un meeting politique. En réaction, Kabirou Issifou et son groupe de jeunes relancent les mobilisations pour exiger sa libération. Cette période marque, selon lui, le début d’une vague d’arrestations ciblant les principales figures de l’opposition, poussant plusieurs responsables politiques et journalistes à l’exil.

Jugée le 11 décembre 2021 par la CRIET, juridiction spéciale souvent dénoncée par l’opposition et les organisations de défense des droits humains, Madame Réckiath Madougou est condamnée à 20 ans de prison ferme pour « financement du terrorisme », une accusation qualifiée de « farfelue » par ses soutiens. La sentence provoque une nouvelle série de manifestations à travers le pays. Des tee-shirts à l’effigie de l’opposante sont confectionnés et portés lors des marches.

Le 13 décembre 2021, une grande mobilisation de jeunes a lieu à Cotonou. Après sa dispersion par les forces de l’ordre, la police reçoit instruction d’interpeller les leaders du mouvement. De nombreux jeunes sont arrêtés et incarcérés.

À l’approche des élections législatives du 8 janvier 2023, Kabirou Issifou et ses camarades anticipent une nouvelle exclusion de l’opposition. Dès juillet 2022, ils multiplient les actions pour réclamer la participation effective du parti Les Démocrates au scrutin. Malgré les interdictions de manifester et la pression policière, la mobilisation, soutenue par des ONG et des organisations internationales, aboutit à la participation du parti d’opposition aux élections.

Cependant, les résultats du scrutin sont rapidement contestés par l’opposition, qui dénonce des fraudes massives. Toute tentative de protestation est alors interdite sur l’ensemble du territoire national. Les jeunes militants se replient vers les réseaux sociaux pour dénoncer ces dérives et réclamer la libération des détenus politiques ainsi que le retour des exilés. Une nouvelle vague de représailles s’ensuit : plusieurs leaders de mouvements de jeunes sont identifiés et recherchés par la police, dont Kabirou Issifou.

Le jeudi 11 janvier 2024 marque un tournant décisif. Alors qu’il rentre tard dans la soirée, Kabirou Issifou est alerté par son oncle : des policiers se sont rendus à son domicile pour l’arrêter. Une perquisition est effectuée. Comprenant que sa liberté, voire sa vie, est en danger, il ne rentre plus chez lui. Il se réfugie d’abord dans un village à la frontière entre le Bénin et le Nigéria. Mais la pression policière se poursuit : nouvelles perquisitions, avis de recherche lancé, publication de sa photo dans la presse. Le 20 février 2024, la secrétaire de son mouvement de jeunes est arrêtée, accentuant le climat de peur.

Craignant désormais pour la sécurité de ses proches et de ses soutiens, Kabirou Issifou décide de quitter définitivement la région. Il parvient à obtenir un visa pour le Brésil depuis le Nigéria et prend le chemin de l’exil.

À travers son témoignage, le jeune leader politique entend alerter l’opinion nationale et internationale sur la situation des libertés publiques au Bénin. « Mon seul crime est d’avoir voulu exercer mon droit à la liberté d’expression et à l’engagement politique », affirme-t-il, appelant à une mobilisation internationale en faveur de la démocratie et des droits humains dans son pays.

A. F. ADAM

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