RETOUR DU TRANSPORT UNIVERSITAIRE : Un soulagement pour les étudiants, mais quel avenir pour les zémidjans ?

Alfred ADJOMAGBOSSOU
6 min de lecture

Le retour annoncé des bus universitaires au Bénin marque une étape importante dans la politique de soutien aux étudiants. Longtemps absents du paysage universitaire, ces moyens de transport, mis à la disposition du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, devraient bientôt desservir les principales universités du pays.

Pour des milliers d’étudiants confrontés quotidiennement aux difficultés de déplacement et à la hausse du coût de la vie. Mais derrière cet enthousiasme se cache une interrogation légitime : quel impact cette décision aura-t-elle sur les conducteurs de taxi-moto, communément appelés « zémidjans », dont une partie importante des revenus dépend de la clientèle estudiantine ?

UNE MESURE SOCIALE FORTEMENT ATTENDUE

Depuis plusieurs années, les étudiants réclament le retour des transports universitaires, ceux surtout dans les universités du Nord comme l’Université de Parakou. Entre les longues distances à parcourir, les retards récurrents et le coût parfois élevé des déplacements quotidiens, beaucoup consacrent une part importante de leurs ressources au transport. L’arrivée des bus universitaires devrait permettre : de réduire les dépenses de transport des étudiants; d’améliorer la ponctualité aux cours; de limiter les abandons liés aux difficultés financières. Pour les associations estudiantines, il s’agit d’une avancée sociale majeure qui participe à l’amélioration des conditions de vie sur les campus.

LES ZEMIDJAN : LES OUBLIÉS DE LA RÉFORME ?

Cependant, cette mesure pourrait avoir des conséquences indirectes sur une catégorie socio-professionnelle qui vit essentiellement de la mobilité urbaine. Dans plusieurs villes universitaires, notamment Abomey-Calavi, Parakou et Porto-Novo, les étudiants représentent une clientèle régulière et relativement stable pour les conducteurs de taxi-moto. Chaque matin, à la sortie des résidences universitaires, des quartiers périphériques ou des grands carrefours, les zémidjans assurent le transport de milliers d’étudiants vers les lieux de cours. La mise en circulation des bus pourrait réduire une partie de cette demande et de la clientèle des zemémidjan « Si les étudiants prennent désormais les bus gratuitement ou à coût réduit, certains conducteurs risquent de perdre une part importante de leurs recettes quotidiennes », a confié Wahab A. un conducteur taxi moto rencontré à parakou.

UN IMPACT À RELATIVISER

Toutefois, plusieurs spécialistes invitent à ne pas tirer de conclusions hâtives. D’abord, les bus universitaires ne pourront pas couvrir l’ensemble des besoins de déplacement. Les étudiants continueront d’avoir besoin des zémidjans pour rejoindre les points d’embarquement, rentrer tard après les cours ou se déplacer vers des destinations non desservies. Ensuite, l’expérience montre que les transports collectifs et les transports individuels coexistent généralement plutôt qu’ils ne se remplacent totalement. Les bus répondent à un besoin de masse tandis que les zémidjans offrent la rapidité, la flexibilité et le transport de proximité.

VERS UNE BAISSE DU POUVOIR D’ACHAT DE CERTAINS CONDUCTEURS ?

La véritable question concerne les conducteurs dont l’activité dépend fortement des trajets universitaires. Pour ceux qui effectuent quotidiennement plusieurs courses entre les quartiers étudiants et les campus, une baisse de fréquentation pourrait entraîner une diminution des revenus. Cette situation pourrait être particulièrement sensible dans les premières semaines suivant la mise en service des bus, période pendant laquelle les habitudes de déplacement des étudiants seront redéfinies. Toutefois, l’ampleur réelle de cette baisse dépendra de plusieurs facteurs : le nombre de bus effectivement mis en circulation ; leur fréquence de passage ; la qualité du service proposé ; la capacité du réseau à couvrir les différents quartiers étudiants.

UN DÉFI POUR LA POLITIQUE PUBLIQUE

L’arrivée des bus universitaires pose une question plus large : comment moderniser les services publics sans fragiliser les activités économiques informelles qui emploient des milliers de citoyens ? Le secteur des zémidjans représente aujourd’hui l’une des principales sources de revenus de nombreux jeunes qui navigue entre la fuite du chômage et la recherche de pain quotidien. Toute réforme touchant à la mobilité urbaine doit donc tenir compte de ses implications sociales.

ENTRE PROGRÈS ET ÉQUILIBRE SOCIAL 

Le retour des bus universitaires constitue indéniablement une bonne nouvelle pour les étudiants. Il répond à une demande ancienne et s’inscrit dans une logique d’amélioration des conditions d’accès à l’enseignement supérieur. Mais c’est clair que cette avancée met également en lumière la nécessité d’anticiper les effets économiques sur les acteurs du transport informel.

Au-delà de la satisfaction des étudiants, le véritable défi sera donc de trouver un équilibre entre progrès social, efficacité du service public et préservation des moyens de subsistance de milliers de conducteurs de taxi-moto.

✍️ Jorès Nongbédji HODONOU

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