Le Parti Les Démocrates traverse une zone de turbulences à un moment crucial de son parcours politique. Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 16 octobre 2025, les responsables du parti ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « trahison » orchestrée par l’un de leurs députés, Michel Sodjinou.
L’affaire éclate à seulement quelques heures de la clôture des dépôts de candidature pour l’élection présidentielle de 2026. Le député Sodjinou aurait fait signifier un acte d’huissier au domicile de l’ancien président Thomas Boni Yayi, figure emblématique du parti, dans des conditions pour le moins troublantes. Selon les responsables du parti, l’huissier se serait présenté à deux reprises le 13 octobre, d’abord avec un document erroné daté du 13 novembre, puis avec une convocation pour une audience devant se tenir le jour même à 16 heures – laissant ainsi un délai quasi-inexistant pour comparaître. Cette crise intervient dans un contexte particulièrement tendu autour de la question des parrainages.
La modification du code électoral en mars 2024 a porté de 10% à 15% le seuil de parrainage nécessaire pour présenter un candidat à la présidentielle, soit exactement 28 parrains – nombre que Les Démocrates affirment détenir tout juste. Le parti avait anticipé les risques de débauchage en organisant dès le 2 septembre un retrait collectif des fiches de parrainage, transportant ses députés en bus pour garantir l’unité du groupe. Cette précaution semble aujourd’hui justifiée au vu des événements. Les Démocrates ne cachent pas leurs soupçons quant aux motivations réelles de Michel Sodjinou. La <<célérité inhabituelle>> du tribunal de première instance de Cotonou dans le traitement de ce dossier, ainsi que le timing de cette action judiciaire, alimentent les interrogations sur une possible instrumentalisation. Le parti suggère à demi-mot que leur député pourrait avoir cédé aux sirènes du pouvoir en place, qualifiant Sodjinou de <<porte-parole de la rupture>> référence à peine voilée au régime du président Patrice Talon.
Avec un seuil de parrainage calibré au millimètre près, chaque défection peut s’avérer fatale aux ambitions présidentielles d’un parti d’opposition. Pour Les Démocrates, l’enjeu est de taille : conserver l’unité de leurs 28 parrains pour pouvoir présenter leur candidat en 2026. La défection d’un seul député pourrait compromettre définitivement leurs chances de participer à la course présidentielle. Alors que la date limite de dépôt des candidatures approche, tous les regards sont tournés vers le siège du parti à Cotonou. La capacité des Démocrates à surmonter cette crise interne déterminera non seulement leur avenir politique immédiat, mais aussi la configuration de l’opposition béninoise pour les années à venir.
✍️ Amos Doctoro GBOYOU (Stg)


