SOMMET NATIONAL DE LA JEUNESSE BÉNINOISE : «La démocratie, ce n’est pas choisir qui peut concourir et qui doit rester sur la touche» déclare Adrien Houngbédji

Alfred ADJOMAGBOSSOU
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À l’occasion de sa visite au Sommet national de la jeunesse béninoise, Maître Adrien Houngbédji, acteur majeur de la Conférence des forces vives de la Nation, a livré un message fort et sans détour. Le thème du jour, « L’histoire politique du Bénin, 35 ans après la Conférence nationale : quel regard de 1990 à ce jour ? », a permis à l’ancien président de l’Assemblée nationale de replonger dans une page de l’histoire nationale. S’adressant à une jeunesse avide de repères, il a partagé les souvenirs d’un long exil politique de quinze années, vécu pour avoir défié le pouvoir militaire d’alors. Un sacrifice qu’il évoque avec gravité : « Ce type d’épreuve ne devrait plus exister dans un État qui se réclame démocratique. » D’emblée, le ton était donné : il ne s’agirait pas d’un simple témoignage, mais d’un vibrant plaidoyer pour la justice, la vérité et la démocratie.

Porté par une mémoire intacte des combats démocratiques, Maître Houngbédji a, dans un second temps, attiré l’attention sur les réalités troublantes du Bénin contemporain. Il a dénoncé, la persistance de l’exil et de la répression pour des raisons politiques. « Aujourd’hui encore, certains compatriotes vivent l’exil politique ou croupissent en prison pour leurs opinions. Le Bénin ne peut pas avancer dans ces conditions. » Dans un appel clair à l’apaisement national, il a exigé « la libération immédiate et sans condition des détenus politiques, ainsi que pour le retour sécurisé des exilés politiques. » À ses yeux, il est impossible de bâtir une cohésion nationale solide sur les bases de l’exclusion, de l’intimidation et de la peur. Son discours, empreint de conviction et de vérité, a mis en garde contre les fractures invisibles que ces injustices creusent au sein du tissu social béninois.

Mais le regard du leader ne s’est pas limité à la mémoire ou à la dénonciation : il s’est projeté sur l’un des piliers de la démocratie : le jeu électoral. Houngbédji a pointé du doigt le cadre législatif actuel qu’il qualifie de profondément verrouillé. Selon lui, les règles électorales ont été façonnées pour désavantager les voix dissidentes et fausser la compétition. Il le dit sans ambages : « La démocratie, ce n’est pas éliminer ses adversaires en changeant les règles du jeu. Ce n’est pas choisir qui peut concourir et qui doit rester sur la touche. La démocratie, c’est permettre à toutes les forces politiques de participer librement à la compétition électorale. » Par ces mots, il dénonce une démocratie sélective, mutilée, où l’alternance devient quasi impossible. Loin d’une simple critique technique, sa déclaration se voulait un signal d’alarme lancé à la nation toute entière.

En guise de conclusion, c’est dans une posture d’homme d’État et de témoin de l’histoire qu’il s’est adressé à la jeunesse. Avec contraste, il a évoqué le pluralisme politique réel qui caractérisait la première législature de 1991 à 1995. « J’ai présidé l’Assemblée nationale sous plusieurs présidents de la République, et nous avons toujours trouvé les voies du consensus et du respect mutuel. Mais depuis 2016, les choses ont pris une autre tournure… je n’en dirai pas davantage. » Un silence lourd de sens. Avant de quitter la scène, Adrien Houngbédji a lancé un vibrant appel à l’engagement : il a exhorté les jeunes à devenir les gardiens vigilants des acquis de 1990, à défendre les libertés fondamentales, et à refuser toute forme d’injustice politique. Des propos salués par de longs applaudissements, preuve que ce message, venu du passé, trouve encore un puissant écho dans les esprits d’aujourd’hui.

✍️ Borel AWANOU

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