Dans un article publié récemment par le site d’information Banouto, le président Patrice Talon a de nouveau confié la gestion de la Société Béninoise d’Énergie Électrique ( SBEE ) à un groupe français dénommé Eranove, basé à Paris. Ce partenariat privé-public avec un groupe industriel étranger est venu s’ajouter à une longue liste d’autres sociétés clés du pays qui sont déjà sous le contrôle des étrangers. Cet état de chose soulève une fois de plus des interrogations quant à la politique du chantre de la rupture de confier la gestion des sociétés d’État à des étrangers.
La Sbee, en tant qu’entité cruciale chargée de la distribution de l’énergie électrique au Bénin, désormais sous le contrôle d’un groupe basé à Paris, met en lumière la tendance persistante de l’administration Talon à déléguer ces responsabilités importantes à des mains étrangères. Cette approche nourrit naturellement la question de savoir si cela ne constitue pas une preuve que le Président considère le Bénin comme un « désert de compétences». Pourtant comme dans une épreuve de contradiction, le Chef de l’État avait proclamé au début de son mandat que «le développement du Bénin se fera avec les Béninois et leur compétence sera sollicitée où qu’il soit». Mais dans le développement, tout semble indiquer le contraire des déclarations.
Si la confiance accordée aux étrangers s’explique par la recherche de compétences spécialisées, cela ne peut en réalité occulter la nécessité de promouvoir et de développer les compétences locales. L’autonomisation des nationaux pour la gestion de nos sociétés d’État est essentielle pour assurer une appropriation nationale de ces institutions cruciales.
Alors que le Président Talon met l’accent sur le pragmatisme économique, il est nécessaire de se demander si la préférence pour des gestionnaires étrangers est la solution à long terme pour le développement du Bénin. Les ressources locales ne doivent pas être sous-estimées, et investir dans le renforcement des compétences nationales devrait être une priorité. Autrement, l’on est en plein droit de se demander à quand le Bénin sortira de son « désert de compétences »
La délégation constante de la gestion des sociétés d’État à des étrangers soulève des questions légitimes quant à la confiance du Président dans les capacités des Béninois. L’heure est peut-être venue de réévaluer cette approche et de s’engager davantage dans le développement des compétences nationales, pour que les sociétés d’État soient gérées par des Béninois, pour les Béninois.
✍️ Valentin AKODEDJRO


